Prieuré

Petite histoire du Prieuré de Saint-Sulpice par Philippe Bertrand.

Le prieuré est situé sur une terrasse alluviale de la Vienne d’où l’on domine un vaste panorama depuis Ingrandes jusqu’aux Ormes et au bec des Deux-Eaux.

Ce petit oppidum, occupé dès les époques néolithique et gallo-romaine, et dont l’aspect a été fortement modifié par le remembrement des années 60, conserve un prieuré fondé au milieu du XIème siècle¹. Ce prieuré fut établi au bénéfice de l’abbaye bénédictine de Noyers (fondée en 1030, sous le règne de Robert 1er, ayant pour fondateurs Foulques Nerra, comte d’Anjou et Hubert de Noyant, chevalier attaché au seigneur de Sainte Maure) située dans la commune de Nouâtre, Indre et Loire.
Il ne reste de cette abbaye, assez importante jusqu’au XVIème siècle, située en bordure de la Vienne, dix sept kilomètres en amont, que quelques bâtiments conventuels du XVIIIème siècle, l’église originelle, après avoir été pillée lors des guerres de religions, ayant complètement disparue dans les tourmentes révolutionnaires.

Un prieuré était une maison religieuse dépendant d’une abbaye où vivaient 2 à 3 moines dont l’un, qui détenait l’autorité, avait reçu de l’abbé de la maison mère le titre de Prieur ( Prior = Premier ). Dans un prieuré, les moines continuaient à observer la règle de l’ordre et notamment de célébrer les offices de jour et de nuit. Ils avaient en outre à diriger la construction et l’entretien des bâtiments, de l’église et à assurer la mise en valeur des biens du prieuré. Les récoltes servaient à leur subsistance mais aussi et surtout à la vie matérielle de l’abbaye mère. Le Prieuré ouvrait son église aux habitants des alentours et participait ainsi a l’évangélisation de la région, en complément ou en concurrence des paroisses car le curé de l’endroit n’avait pas autorité sur lui.

La naissance du Prieuré est typique des fondations de cette époque, qui correspond à l’élan monastique de la période (contemporaine de la fondation du prieuré de Marchais le Rond, dans la forêt de la Guerche, de Buxiéres, de Saint Rémi sur Creuse) et à une phase d’expansion démographique importante en Europe occidentale. Il nous fournit un exemple de la relation existant entre une fondation monastique et la mise en valeur d’un secteur rural.

Dans toute cette période qui va de l’an mil au milieu du XIIIème siècle, l’habitat va se concentrer progressivement à certains emplacements qui vont ainsi devenir les villages actuels, le plus souvent groupé autour d’un clocher. Les hommes sortent peu à peu des vallées (occupées depuis plus longtemps (il est fait mention de Dangé en 637) pour coloniser les plateaux qui les séparent ou les terres interfluves. La région entre Vienne et Creuse commence lentement à prendre la physionomie que nous connaissons actuellement.

Fondé et développé par les moines, sous l’égide de la famille de Castellono, le Prieuré se trouve sur un terrain assez accidenté, alors couvert de landes et de bois. Il est très clairement à l’origine du village auquel il donne son nom et aussi à celle des défrichements aux alentours. Un chemin le reliait à la paroisse de Poizay le Joli.

A l’origine, le domaine ne comportait que des terres vides d’habitants. Pour le mettre en culture, les moines accordèrent à ceux qui viendraient (sauf ceux de la paroisse de Poizay), le statut « d’hôtes », plus avantageux que celui de serf ou de colliberts (qui eux sont attachés a une terre, vendus avec et ne peuvent la quitter). Le peuplement du domaine se fait donc avec des habitants ou des hommes libres et jouissants de droits civils, qui viennent d’autres villages. Ces derniers ne seront redevables aux moines que de l’offrande, la sépulture et la dime des troupeaux.

Hughes de Castellono, originaire de Poizay, marié à Amabia, considéré comme « chevalier » ou « miles » d’origine noble « clarus genere », donne donc cette terre à l’abbaye de Noyers en 1035 ou 1061 (le cartulaire n’est pas classé de manière très précise). Pourquoi ? Nous ne le savons pas vraiment. Le cartulaire fait mention de son désir de se faire pardonner sa vie de militaire, de sa crainte de la justice divine, de son souhait de se rapprocher d’une vie plus réglée et plus sainte, à l’ombre du monastère. L’ensemble de ces motifs n’a rien de vraiment remarquable à l’époque.

Il est fait référence à un domaine dont la dimension est déterminée par la surface que couvrent 6 bœufs pouvant labourer de front pendant une journée. Cette terre est libre de droits et de redevances seigneuriales (ce qui explique aussi les conflits entre noblesse et église a cette époque, entre fondations monastiques et Paroisses, les prieurés de ce type attirant bons nombre de personnes soucieuses d’échapper aux impôts).

Les chartes mentionnent l’existence d’une chapelle pré existante, placée sous le vocable de Saint Sulpice (Saint Sulpice, évêque de Bourges surnommé le Pieux, meurt en 647) à laquelle est attachée une dime que Hughes va également donner aux moines. Ceci est intéressant à plus d’un titre.

D’une part parce que la présence d’une chapelle est attestée avant que les moines ne s’y installent. Comme nous le verrons, certains blocs de grés paraissent antérieurs à la construction de la chapelle actuelle.

D’autre part, car ceci nous éclaire sur un aspect courant de la vie des Xème et XIème siècles. Il n’était pas rare qu’un seigneur laïc, à cette époque, possède en toute propriété un bénéfice ecclésiastique et qu’il puisse ainsi en disposer comme d’un bien ordinaire. L’administration des biens ecclésiastiques au Xème et XIème siècles était tombée dans une grande confusion. Les chevaliers s’étaient arrogés par un droit de propriété dont il n’est pas possible de retrouver la trace mais qui prenait sa source dans les désordres que les invasions normandes avaient occasionnées (Ces mêmes Normands qui, installés à demeure dans l’embouchure de la Loire, remontaient la Vienne, la Creuse ou le Clain – Poitiers est pillé en 855, 863 et 868, Tours en 843, 853 et 919 et organisaient dans le pays des expéditions à cheval).

Ces nobles percevaient donc le produit des dîmes sur les terres, les vignes, les troupeaux (toute naissance d’un animal sur les terres donnait lieu à dîme) mais aussi les revenus provenant des baptêmes, des sépultures, de l’administration des sacrements. Il arrivait donc qu’un chevalier puisse posséder le dixième, le quart ou la moitié d’une église. Dans un souci d’apaisement, à la fin de sa vie, ce chevalier faisait don de ces biens injustement tenus à un monastère. La crainte du jugement de Dieu sert souvent de préambule aux actes dans lequel l’adhésion aussi large que possible de la famille est requis car il arrive souvent que les héritiers refusent de se soumettre à la volonté du défunt voir se réapproprient plus tard des biens dont ils s’estiment spoliés, d’où procès et compromis dont les héritiers sortaient le plus souvent vaincus, car largement illettrés face à des moines qui leur opposaient des titres écrits.

Compromis car souvent les moines consentaient à remettre aux donateurs des sommes plus ou moins importantes a titre de dédommagements et les seigneurs, continuellement en querelle, manquaient d’argent. Donc tout le monde était satisfait, moines car ils recouvraient des églises ou des chapelles, chevaliers qui disposaient d’argent pour guerroyer. La Touraine méridionale, est pendant cette période, le terrain de multiples affrontements féodaux (Hughes de Sainte Maure bataillant tour à tour contre les seigneurs de Marmande, le seigneur de Nouâtre et celui de l’ile Bouchard, entrainant dans leur tourbillon tous leurs vassaux).

La charte qui fonde le Prieuré (il y en a deux avec des variantes) est signée dans l’abbaye de Noyers en présence de l’abbé (Abbé André qui préside aux destinées de Noyers de 1032 à 1061) et des moines, avec entre autres témoins un certain Gilbert, neveu de ce même Hughes Puis elle est placée solennellement sous l’autel de l’abbaye avec les autres documents qui composent le Cartulaire.

Dans les chartes du cartulaire de l’abbaye, on parle de la difficulté à labourer la terre, « d’essarts », Les vignes et les prés ne seront mentionnés que plus tard, une fois le défrichement achevé, ce qui est probablement le cas en 1090.Ce défrichement se faisait à la houe et à la bêche, à cause des rochers qui affleuraient. Le sol est ici beaucoup moins riche que dans la vallée de Dangé, toute proche ou que dans la vallée de Saint Rémi, d’occupation très ancienne. C’est d’ailleurs le cas de tous les plateaux qui séparent la Vienne de la Creuse.

Les chartes qui couvrent la période de 1031 à 1290 ne mentionnent le Prieuré qu’une seule autre fois, pour d’ailleurs ré établir les droits de l’abbaye sur les terres données et faire mention d’un don d’un serf qui sera attaché au Prieuré.

Peu de documents donc pour reconstituer la vie à Saint Sulpice à cette époque. Il faut imaginer une petite communauté rurale, plutôt sur la défensive, peinant à cultiver cette terre ingrate et caillouteuse.

Le Prieuré réapparait dans l’histoire locale en 1538, lié a la famille de Besnais, propriétaires du château de la Fontaine – Dangé.

La Fontaine – Dangé relevait du Duc de Montbazon, de part la Baronnie de la Haye dont le duc était titulaire. Dépendait de la Fontaine-Dangé , le Prieuré , redevable, à cause de la dîme levée dans la paroisse de Poisay le Joli , d’une mesure de vin ( le jallet ) et d’un gâteau fait de fleur de froment et de beurre , que l’abbé de Noyers devait apporter une fois l’an au château accompagné de deux cornemuseurs.

Le premier seigneur dont il est fait mention en 1329 est un certain Jehan de Besnais, valet de son état. Suivent ensuite en 1459 un autre Jehan de Besnais, lui qualifié d’écuyer, marié à demoiselle Marie Postel, puis un 3ème (en 1480) et un 4ème en 1487. Ce dernier est un peu plus remarquable car il avait épousé Marie de Montléon, de la grande famille Poitevine qui possédait le château de Touffou, sur les bords de la Vienne. Marie de Montleon était la fille de René de Montléon et de Guillemine de Maillé, autre grande famille locale Nous trouverons les armoiries de la famille Montleon et de la famille Maillé dans la chapelle
Son fils, François de Besnais, épousera en 1525 Marie Pot (dont nous trouverons également les armes dans la chapelle).
En 1538, il obtient du Prieur le droit de construire de construire une chapelle en l’honneur de la vierge, attenante à l’église priorale, ayant vue à l’intérieur de l’église au moyen d’un grand arceau. En 1539, il obtient de l’official de Poitiers le droit d’être considéré comme paroissien du prieuré. De là le chemin qui reliait directement la chapelle au château et le souterrain partiellement redécouvert lors de travaux récent (station d’épuration) dont l’entrée n’a toujours pas localisée.

Attardons nous un peu sur Marie Pot. D’une famille illustre, son père, François est seigneur de Chassingrimont, issue de la branche des seigneurs de Rhodes. Elle est apparentée au fameux Philippe Pot, chevalier de la toison d’or et grand sénéchal de Bourgogne, dont le gisant est au Louvres. Sa sœur, Madeleine, morte en 1584 épouse en 1550 René de Naillac, seigneur des Roches et 1er écuyer de Charles IX. Son frère, François, épouse quant à lui Gabrielle de Rochechouart en 1535. Enfin, sa mère est Renée de Montléon. On retrouve donc à cette génération l’alliance Pot – Montléon, ce qui est très commun a cette époque, les familles nobles locales liant leur destin sur plusieurs générations.

Par ce mariage donc, François de Besnais, déjà fortement inscrit dans le paysage local par ses ascendants, accède à l’entourage des grands du royaume. Commencé sous d’heureux auspices, ce mariage n’amena pas la richesse escomptée puisqu’en 1540, il est fait état d’un partage de biens que François de Besnais doit faire avec François Pot, son beau frère pour éteindre quelques dettes criantes.

Les difficultés s’accumulent vraisemblablement. Le dernier des Besnais dont il est fait mention est un certain Honorat de Besnais, dont on ne connait pas la descendance , contraint par décision de justice du contrôleur des Tailles de Châtellerault de vendre le château en 1609 à un Monsieur Pastoureau, homme de paille agissant pour le compte de Benjamin Aubery du Maurier que nous retrouverons par la suite.

Le prieuré quant à lui connait les difficultés liés aux XIIIème , XIVème et au XVème siècle (conflit entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion ( château de Saint Rémy sur Creuse bataille de Poitiers en 1352 , traité de Brétigny en 1360 , invasion répétées des anglais ) et au XVIème siècle ( l’abbaye de Noyers quoique crénelée et bien défendue fut emportée par les Protestants en 1562 puis de nouveau en 1589 par les troupes catholiques du duc de Mayenne et ces ligueurs incendièrent et détruisirent les bâtiments , pillant le trésor, tuant et chassant les moines ce dont l’abbaye ne se remit jamais tout a fait).

La Touraine est au XVIème et XVIIème siècle le théâtre d’affrontement répété entre Catholiques et Protestants. La chapelle en porte les traces. Très tôt après sa construction, elle dut être fortifiée, les baies et ouvertures basses comblées, un passage aménagé entre l’église et le Prieuré permettant de s’évader et de se barricader sans toucher terre. Malgré ces précautions, la chapelle fut vandalisée comme le montrent encore les coups de hache sur le visage des anges portant les armoiries et le bâtiment du prieur vraisemblablement incendié et laissé à l’abandon.

De cette époque date la rupture des relations entre le prieuré et le château de la Fontaine. Ceci pour plusieurs raisons, la plus importante étant qu’avec l’acquisition par Benjamin Aubery du château, le domaine entrait dans l’obédience protestante, quoique ce dernier fusse plus antipapiste qu’anticatholique (il constituera d’ailleurs une rente a vie pour le curé de Dangé).

On se rappelle que Benjamin Aubery, ayant servi la cause protestante sous Henri IV puis ayant été ambassadeur sous Louis XIII aux Pays Bas, était devenu en 1610, au prix de 26 000 Livres, le propriétaire de la Fontaine, qu’il fit refaire de fond en comble sur le plan originel. On ne sait précisément comment était le château avant cette première campagne de travaux. Il est fait mention lors du procès verbal de saisie de douves et d’un pont levis que les archers ne purent faire lever. Malheur des temps, le château fût détruit par les troupes du Prince de Condé et des autres princes ligués lors de la minorité du Roi en 1615, le domaine pillé, les arbres fruitiers dont Benjamin s’occupait avec passion coupés à ras, une partie des archives brûlées et ce dernier ne put s’atteler encore une fois à la reconstruction de son château qu’en 1624, une fois démis de ses fonctions officielles. Le Parc fut constitué, les chemins remodelés, les murs protégeant le domaine élevés…. Et le château achevé en 1626. Il a gardé son visage jusqu’en 1860, date où il fut modifié au goût du jour par le marquis d’Aubéry.

Pour réaliser son projet, Benjamin d’Aubery dû batailler contre usages, coutumes et droits du village tout proche. Il reste des traces de ces procès et chicanes nombreuses dans les archives départementales.

Les relations entre le Prieuré et le château était donc d’autant plus distendues que certains intérêts fonciers d’opposaient et que le prêche était régulièrement tenu à l’abri des murs du château, à l’usage des familles protestantes du voisinage.

Le Prieuré connait lui aussi une période de reconstruction et dut bénéficier d’un regain de prospérité que l’édit de Nantes (1598) permettait désormais. L’ancien chœur Roman laisse place à la voute actuelle, faite dans le style de la chapelle. Le clocher est construit peut être sur des bases plus anciennes car subsistent les armes des Besnais au dessus d’une fenêtre en plein cintre. Les bâtiments d’exploitation prennent la forme que nous leur connaissons actuellement, réutilisant des structures anciennes dont il n’est pas possible de préciser avec exactitude l’affectation originelle.

L’étude des Biens du clergé dressé en 1730 à la demande de l’assemblée du clergé de 1726 révèle un ensemble cohérent et homogène se constituant de l’église , la maison du Prieur à étages , l’étable , la grange , le four banal et le four a pain propre , les deux jardins clos de murs , l’un servant de cloitre et l’autre de verger , ainsi que de deux grandes pièces de terre dite la Chênaie et de la Roche. Cette étude mentionne également les droits attachés au fief a savoir droit de juridiction, de basse voirie, de basse justice, droit lié au four à ban, droit d’assise, droit d’épave, droit de mesures….
A cette époque le prieur est François Méreau, clerc tonsuré et l’église priorale comme celle de Port-de-Piles est une succursale de l’église de Poizay. Un cimetière entoure la chapelle, cimetière qui sera utilisé jusqu’à la révolution.

Le prieuré est d’un pauvre rapport (environ 70 Livres par an) et le prieur, membre du bas clergé, est recruté parmi les familles des localités environnantes. Outre François Méreau, quelques noms de Prieurs sortent de l’anonymat. Jean Gobé cité comme témoin en 1244 dans une donation de droit à Ports-de-Piles , Michel Mousnier en 1627 , le sieur Cottereau de Tours en 1663 et enfin Jean Godeau, dernier prieur de Saint Sulpice , qui renonce à toute fonction du culte catholique en 1793.

Suite à la révolution, Le Prieuré est sécularisé en 1793 (on ne connait pas son propriétaire dans cette époque troublée) puis racheté à son retour d’émigration vers 1810 par Alphonse, Marquis d’Aubery qui le confie aux religieuses de la Puye, chargée des soins et de l’éducation des enfants.

L’ensemble foncier se montre inchangé de fait inchangé sur le plan cadastral de 1831.

L’école est supprimée en 1860 au bénéfice de l’école libre de Dangé et les bâtiments transformés alors en logements agricoles jusqu’en 1960.

Mais aujourd’hui (2011), le prieuré se présente dans son ensemble tel qu’il a été déclaré en 1730 par le prieur François Méreau

L’église peut être décomposée en quatre parties :
La nef XIème, le chœur XIIème, la chapelle seigneuriale XVIème et le clocher XVIIème.

La nef, quoique retranchée et désaffectée depuis le début du XIXème siècle et transformée en salle de classe par les religieuses de La Puye, puis en habitation, rassemble les parties les plus anciennes de l’édifice. De taille modeste, 18 m x 7 m, la nef est semblable à celle de l’ensemble des églises des prieurés de l’abbaye de Noyer. Espace rectangulaire, couverte d’une charpente, prolongée par un chœur à chevet plat.

À l’ouest le pignon primitif est fait de pierre de taille d’une nature gréseuse, très différentes des pierres calcaires employées par la suite aux XIème, XIIème et XVIème siècles.
Ces pierres sont selon toute vraisemblance des pierres de réemploi, provenant de quelques monuments antérieurs de type Romain²
D’autres blocs de ce type se retrouvent en divers endroits du prieuré. Le mur occidental est soutenu par trois contreforts plats, sa partie haute triangulaire a été reprise postérieurement. Une petite fenêtre en plein cintre ré ouverte également en 2010, est la seule ouverture, percée au-dessus du contrefort central. Des traces de faux appareil en ocre rouge ont pu être mise à jour dans l’embrasure de cette fenêtre.

Le mur nord de la nef a été percé au XIXème siècle d’une haute fenêtre rectangulaire destinée à éclairer la salle de classe des religieuses, une seconde fenêtre de moindre dimension et plus tardive correspond à l’aménagement du même espace en un modeste logement de deux pièces entresolé sous un grenier à foin à la fin du XIXème siècle. Ce même mur, malgré ces deux percements, a conservé des éléments d’un petit appareil cubique en pierre calcaire caractéristique des constructions du premier art roman du XIème siècle³.

Le mur sud de la nef a également souffert des transformations du XIXème siècle. L’ancienne porte principale dont les jambages et les amorces de l’arc subsistent, a été réduite à une porte de classe, puis de logement et dans son prolongement a été percée une porte de grenier. Au pied du mur à gauche de la porte subsiste la pierre des morts. C’est une longue dalle de schiste, correspondant à un rituel funéraire fréquent dans la région et d’origine très ancienne.

La nef n’a jamais été voûtée en pierre mais couverte d’une voûte en bois lambrissée (voir église d’Antogny le Tillac). Au XIXème siècle un plafond a été posé sous les poutres, puis la pièce fut entresolée pour réduire la hauteur. Des traces de faux appareil, tracé à l’ocre rouge et typique des décors de cette époque, subsistent sur le mur Ouest.

Le chœur a conservé ses murs du XIIème siècle dans un bel appareil moyen de pierre blanche sur les cotés Nord et Est, avec des joints réguliers assez épais (1 à 2 cm) et des contreforts plats. Il ouvre par deux grands arcs en plein cintre l’un vers la nef à l’ouest et l’autre vers la chapelle seigneuriale. Une petite fenêtre en plein cintre muré l’éclairait au nord, une autre plus haute et plus large à double ébrasement également murée se trouve à l’est au-dessus de l’emplacement du maître-autel d’origine conforme à l’orientation liturgique.
Sous cette baie, là où se trouvait le retable, une longue niche rectangulaire a été comblée de matériaux de récupération provenant de l’autel de la chapelle seigneuriale de 1538 ainsi que d’éléments plus anciens provenant de l’ancien chœur ( chapiteau de style roman poitevin identique à celui retrouvé encastré dans le mur de la ferme )

La voûte du chœur, sur croisée d’ogives, a été refaite au XVIIème siècle et les armoiries sculptées à la clé et portées par les quatre angelots des retombées (3 oiseaux sur fond uni ) devraient permettre de préciser le prieur qui a fait réaliser ce travail rendu nécessaire par les dégâts causés par les guerres de religion du XVIème siècle , très violentes à cet endroit¹

Les réemplois visibles dans les extrados de la voûte confirment cette reprise. À l’extérieur la reprise de la maçonnerie cotée nord à droite est contemporaine, ainsi que le gros contrefort nord-est. Sur le côté droit de l’ancien maître-autel le lavabo originel est encadré de pilastres. Le maître-autel actuel en bois peint a été installé sur le côté nord selon la nouvelle utilisation de l’espace par les religieuses du début du XIXème siècle. Il a gardé son tabernacle à colonnettes dorées et une porte ornée d’un symbole eucharistique. De la même époque datent l’emmarchement de pierre, les tommettes, et la grille en fer forgé limitant le sanctuaire et ménageant sur la gauche côté ouest un espace pour les sièges des propriétaires de La Fontaine, fondateur à la fois de l’ancienne chapelle seigneuriale et du couvent des religieuses.

La chapelle seigneuriale a été construite sur le côté droit du chœur monastique en 1538 par François de Benais, alors seigneur de La Fontaine et son épouse Marie Pot¹. Leurs initiales (F et M) se retrouvent en haut des pilastres du retable et à la base du charmant lavabo Renaissance situé à droite. Leurs armoiries sont sculptées à la clé de la voûte sur un écu entouré d’une couronne de laurier symbolisant l’alliance Benais et Pot.

Les angelots à la retombée des ogives portent également ces armoiries de la famille et de ses alliés ou parents : Benais (aigle à deux têtes) et Pot (bande d’or), alliance Benais, Montléon¹, Maillé¹. François de Benais était petit fils de Renée de Montléon et de Guillemine de Maillé. Alliance Benais-X non identifiée.
Le retable qui surmontait l’autel a été arasé dans sa partie basse pour ouvrir au XIXème siècle une porte dans le mur Est pour les religieuses.

De part et d’autre de la porte, quelques traces de peinture subsistent, il pourrait y avoir là une nativité complétant le groupe sculpté initialement placé au-dessus, dans la vaste niche surbaissée encadrée de pilastres et ornés de chutes de fruits tenues par des mains. La forme et la profondeur de cette niche appelle un ensemble de deux sculptures : la Vierge et l’ange Gabriel. Cette chapelle était consacrée à la vierge et le thème de l’annonciation était très prisé à la fin du XVème siècle et au début du XVIème siècle¹. Ces sculptures qui disparurent dans les troubles des guerres religieuses furent remplacées au XVIIème siècle par un couronnement de la vierge peint sur le fond de la niche.

Le lavabo à droite offre un décor d’architecture en perspectives, outre les initiales FM déjà signalées à sa base, il est encadré par une cordelière, celle des moines franciscains (Saint François de Paul mort à Plessis les Tours) , reprise par l’ordre des Annonciades et par la reine Anne de Bretagne (oratoire de la reine au château de Loches et livre d’heures de la BN).

Sous la grande baie triple flamboyante se trouvait l’enfeu d’un tombeau dans lequel a été installé au XIXème siècle un rustique confessionnal où s’est peut-être exercée la sagesse de saint André Hubert Fournet, le fondateur des religieuses de La Puye.

Une inscription très dégradée entre la baie et l’enfeu, entre les écus armories des deux fondateurs, définit l’endroit « O bon Jésus le roi des rois pardonne les pêchés à François de Benais et à Marie Pot, son épouse, dont les figures souscy respause (sic) ».

Les priants ont disparu, mais des fragments en ont été retrouvés dans des réemplois : mains jointes, fragment d’armure du chevalier, fragment de robe, chien assis…

Des traces de peintures subsistent, une crucifixion avec femme éplorée et priant au pied de la croix sur le mur Ouest, entre l’entrée primitive et la porte plus tardive donnant accès à la base du clocher.
Cette entrée longtemps murée et ré ouverte en 2010 a gardé son décor extérieur de la Renaissance : les deux pilastres sous entablement sont ornés de chapiteaux présentant les têtes d’une femme à droite et d’un homme barbu à gauche, sans doute les fondateurs. Sur le pied-droit, un graffiti représente un petit clocher élancé, très différent du clocher actuel. C’est par cette entrée privée que les seigneurs de La fontaine se rendaient à l’office

Le clocher installé dans l’angle formé par la nef et la chapelle seigneuriales est postérieur à l’une et à l’autre. Il vient en effet s’appuyer contre le pilastre gauche de la porte Renaissance qu’il recouvre en partie. Il peut dater du XVIIème siècle. Une ouverture en plein cintre éclaire sa partie basse avec dessus un blason de pierre d’un aigle à deux têtes (armes des Benais). L’étage des cloches est ouvert sur chaque face par des baies simples en plein cintre. La charpente et la flèche d’ardoise sont conformes à tout ce qui s’est fait dans la région au cours des XVIIème et XVIIIème siècle. La partie basse du clocher fut transformée en sacristie au XIXème siècle. À la retombée de l’arc vers la chapelle deux petites peintures murales représentent saint Sulpice portant dans le bras gauche une petite église avec trace de l’inscription (ULPIC) et par ailleurs un gentilhomme costumé comme on l’était au début du XVIIème siècle.

La maison du prieur en raison de ses affectations successives a subi de nombreuses transformations. Son volume général est celui d’une maison classique des XVème et XVIème siècles. Un plan rectangulaire entre deux hauts pignons. L’analyse de la construction fait apparaître au moins deux périodes : d’abord un bâtiment plus modeste à l’Ouest sur lequel on aurait appuyé à l’Est un nouveau bâtiment de même profondeur ; la jonction est visible sur la façade Nord. Les niveaux ont été modifiés. Une grande base en tiers point est encore visible dans le mur principal de refonds, dans la cave, et au rez-de-chaussée certaines petites fenêtres au Nord évoquent un niveau d’étage nettement plus bas.
La porte en tiers point de la façade Nord, enterrée et dégradée a pu être dégagée et rétablie, de même le banc de pierre (coussière) d’une fenêtre médiévale de l’étage.
L’intérieur, modifié au cours des siècles, présente encore une vaste cheminée du début du XVIème siècle, un escalier à balustre du XVIIème et une cheminée de la fin du XVIIIème.

Les bâtiments agricoles sont situés au Nord Ouest de l’église, en retrait de celle-çi et le long du chemin de Poizay.

La ferme montre des maçonneries de grandes épaisseurs, et de réemploi de pierre de taille, dont un chapiteau roman, qui a été retrouvé.
Les murs devaient appartenir à une construction plus haute et plus importante, (petites ouvertures abandonnées sur le mur Est), réaménagée en grandes étables au XVIIème siècle, puis transformées au début du XIXème siècle en un logement de trois pièces pour les fermiers.
Il reste dans le cellier voisin qui rappelle qu’il y eut des vignes une porte murée en anse à panier du XIIIème. Ces vignes sont mentionnées dans la déclaration des biens du clergé en 1730 comme étant en très mauvais état.

La cour est fermée par une vaste grange de constructions là encore très ancienne (une ouverture murée donnait à l’origine sur le chemin de Poizay¹). Son mur oriental conserve à l’extérieur une porte en tiers point du XIIème siècle qui fut condamnée.

Les trois petites étables sur le côté Ouest de la cour sont intactes, la cour s’ouvre vers le Sud, sur un puits et sur un bâtiment bas isolé en tuile qui renferme les deux fours à pain (pierre et brique) correspondant au four banal du village et au four privé du Prieur

Le regroupement de cet ensemble et les premières restaurations ont été entreprises à partir de 1966 et poursuivies jusqu’à ce jour. En 1969 la chapelle a été inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Note 1 : 1035 est la date de la première mention du Prieuré de Saint Sulpice dans le Cartulaire de Noyers, qui indique notamment au cours des XIIème et XIIIème siècles l’ensemble des revenus annuels provenant des divers prieurés fondés appartenant au Temporel de l’abbaye (Prieuré de Saint Sulpice, de Buxiére, église priorale d’Antogny le Tillac….)

Note 2 : La voie romaine (qu’empruntèrent par la suite les pèlerins de Saint Jacques au départ de Tours) est encore très visible. Elle longe la crête qui marque les vallées de la Creuse et de la Vienne, dont le confluent, tout proche est situé à Port de Pile.
Une grande villa Romaine dont subsistent des traces de murs est d’ailleurs située au lieu dit Grand Dumeray portant comme nom originel Dumerius. L’actuel bâtiment d’exploitation est lui aussi mentionné dans le Cartulaire de Noyers à partir de 1080.

Note 3 : Voir église d’Ingrandes sur Vienne et de la Celle-Saint Avant

Note 4 : Le château de La Fontaine situé à 150 mètres plus bas était alors (en 1610) une enclave protestante au sein du diocèse de Poitiers, soigneusement fortifiée, comme en témoignent encore les tours protégeant le mur d’enceinte.. On sait de surcroit que c’est à quelques lieu de là que débutèrent les premières escarmouches de la bataille de Moncontour qui opposa les troupes de la ligue commandée par le futur Henri III et les troupes protestantes de l’amiral de Coligny qui venait de passer la Vienne à Port de Piles.

Note 5 : Marie Pot , bien que d’une branche cadette ( Pot de Rhodes ) appartient à la lignée de la riche et prestigieuse famille Pot – tombeau de Philippe Pot, grand sénéchal de Bourgogne au milieu du XVème siècle, chevalier de la toison d’Or, qui se trouve actuellement au Louvres. François de Benais, écuyer de la Fontaine est d’extraction plus modeste quoique apparenté aux grandes familles locales. Il est fait mention de cette famille pour la première fois en 1329. Outre le château de la Fontaine qui sera racheté par Benjamin d’Aubery en 1610, les de Besnais possédaient la ferme de la Rivière (çise à Dangé-Saint Romain) dont subsiste encore le portail monumental.

Note 6 : Les Montléon possédaient entre autres biens sis en Poitou le château de Touffou sur les bords de la Vienne et un Donjon Castral existant encore quoique fort ruiné à Chauvigny.

Note 7 : La famille de Maillé, très présente dans le haut Poitou était liée, entre autre, à la famille de Rais et de Laval (Gilles de Rais, le Barbe Bleue des contes de Perrault, possédait au nord de Poitiers les châtellenies de La Voulte, Auzance et Chenecé)

Note 8 : C’est l’époque où Jeanne de France, la fille de Louis XI répudiée par Louis XII pour épouser Anne de Bretagne, a fondé l’ordre des Annonciades à Bourges.

Note 9 : Le prieuré de Saint Sulpice appartenait à l’origine à la Commune de Poizay le Joli, commune par laquelle passait la route d’Espagne (avant qu’elle ne fût détournée au bénéfice de la commune des Ormes, au milieu du XVIIIème siècle, par le Marquis d’Argenson). Poizay sera intégré par décret le 18 novembre 1818 à la commune des Ormes.

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